Donner la parole aux organismes de formation vous permet de mieux appréhender le processus global de qualification / certification mais, afin d’avoir une image plus précise de notre fonctionnement interne, dirigeants et collaborateurs de l’ISQ se prêtent également au jeu de l’interview !

En cette rentrée 2020, c’est au Président des Comités de Certification Qualiopi et du Qualification OPQF, M. Monteil, que nous avons posé quelques questions. Morceaux choisis…

Bonjour M. Monteil ; vous êtes actuellement Président du Comité de Certification Qualiopi ainsi que du Comité de Qualification OPQF de l’ISQ. Pourriez-vous nous expliquer le fonctionnement de ces comités ? 

Le Comité de Qualification OPQF a vocation à délivrer, aux organismes de formation qui s’engagent dans une démarche qualité, une qualification qui leur permet de faire reconnaître leur professionnalisme. Cette qualification est fondée sur le règlement de qualification OPQF qui existe depuis 1994 et qui a été régulièrement modifié et enrichi au fil des années. Au-delà des critères de conformité, il évalue particulièrement le professionnalisme de l’organisme.

En mettant en œuvre les principes fondateurs de l’ISQ, en tout premier lieu l’évaluation par les pairs, le Comité prend la décision de qualification à partir des résultats de l’instruction faite par un instructeur et d’un avis prononcé par la Commission d’Instruction, composée des instructeurs. La composition du Comité de Qualification est, quant à elle, tripartite regroupant les représentants des opérateurs, des clients et des personnalités qualifiées.

Le Comité de Certification Qualiopi, quant à lui, est en action depuis octobre 2019. Il a vocation à délivrer la certification Qualiopi. Nous avons souhaité qu’il fonctionne sur le modèle du Comité de Qualification dans une composition tripartite afin de garder l’ADN de l’ISQ. Dans le respect des procédures de certification établies par le référentiel Qualiopi, le Comité prend ses décisions à partir du rapport établi par les auditeurs.

 

Quel est votre rôle au sein de ces Comités et à quelle fréquence se réunissent-ils ?

Mon rôle est de présider ces Comités et d’animer les débats préalables aux décisions. Les dossiers qui ne comportent pas de non conformités majeures ne posent généralement pas de problèmes.

En revanche, nous analysons en profondeur tous les dossiers comportant des non conformités majeures afin de valider les plans d’actions et, dans certains cas, de reporter ou de refuser la certification.

Les Comités se réunissent à une fréquence mensuelle mais nous nous réservons la possibilité de programmer des comités supplémentaires en fonction du nombre de dossiers à examiner. 

 

Quels sont les écueils à éviter lorsque l’on est un organisme de formation et que l’on souhaite obtenir la fameuse certification Qualiopi ? 

La certification Qualiopi est une démarche obligatoire, depuis la loi « Avenir Professionnel » du 5 septembre 2018, pour tous les organismes de formation bénéficiant de fonds publics ou mutualisés, ainsi que pour les actions de formation éligibles au financement par le CPF. Donc pour la majorité des organismes, la question ne se pose pas ! Beaucoup d’entre eux disposent déjà d’une qualification et l’immense majorité ont satisfait aux critères permettant l’inscription à DATADOCK. Qualiopi apporte donc l’avantage d’un référentiel unique. Il structure un ensemble d’indicateurs et apporte une garantie de rigueur et de qualité commune à tous les organismes.

Pour obtenir la certification, un organisme de formation doit faire un effort important de rigueur, bien structurer tous ses processus d’obtention et d’amélioration de la qualité. L’écueil le plus important est que très souvent, un organisme agit de façon très professionnelle, porte beaucoup d’attention à la qualité pédagogique, à la compétence de ses formateurs mais le fait souvent de façon informelle. La difficulté consiste donc à bien rédiger et à mettre en œuvre l’ensemble des processus qualité, de tracer les actions de suivi afin de fournir les preuves et de déployer un véritable management de la qualité.

 

Vous êtes également le dirigeant de « Groupe Cohérence », organisme de formation. Grâce à cette double activité, vous avez une vision à 360° de la certification. En quoi l’apparition de Qualiopi va-t-elle simplifier le fonctionnement du secteur de la formation professionnelle ? 

Qualiopi apporte de la clarification, de l’homogénéité. En ce sens c’est une forme de simplification. Cependant, Qualiopi est une démarche normative, avec ses avantages, tant pour développer la culture interne Qualité de l’organisme que pour renforcer et sécuriser la relation client. Mais au-delà, nous savons tous que la qualité de la formation fait appel à bien d’autres caractéristiques que le respect d’une norme.

Il faut donc considérer le référentiel Qualiopi comme un socle essentiel et indispensable dans le parcours qualité. Ensuite il est nécessaire que chaque organisme choisisse au-delà sa stratégie qualité qui définira son identité et mettra en valeur l’excellence de son professionnalisme. C’est dans cet esprit que l’ISQ développe la certification CertiFormPro By OPQF destinée à aller plus loin que la certification Qualiopi.

Interview interne Monteil

 

Avec le recul de votre longue expérience, quelles sont les principales évolutions notables du secteur et quelles sont celles, selon vous, à venir ?

Quelques idées rapides dans le cadre de cette interview car ce sujet est aujourd’hui très vaste !

Nous vivons une mutation profonde de la formation professionnelle. Il y a bien sûr les processus de digitalisation, déjà engagés depuis plusieurs années, mais qui vivent une forte accélération dans le contexte de la crise sanitaire actuelle. La digitalisation conduit à un questionnement profond sur les contenus de formation, la relation avec les apprenants, l’ingénierie de formation mais elle transforme aussi l’ensemble du fonctionnement de l’organisme. Tous les métiers sont touchés. Une autre transformation est l’individualisation. Dans les démarches de développement des compétences, un métier va fortement se renforcer, celui de l’accompagnement. Tout parcours individualisé devra être accompagné. C’est une nouvelle relation entre le formateur et l’apprenant.

Enfin, le développement de la certification des actions de formation va durablement impacter la cartographie des formations. Cela est un atout car la certification des compétences acquises est un point essentiel pour l’employabilité de chacun. Cependant, beaucoup de capacités, notamment relationnelles et comportementales, entrent difficilement dans un processus certifiant. La certification conduit souvent à la « rigidification » et pas seulement à la rigueur. Elle s’accorde mieux avec des compétences contenant plus de savoirs que de savoir être. Il faut donc rester très vigilant sur le « tout certification » qui ne répond pas à tous les besoins de développement des compétences. Voilà quelques pistes, mais cela nécessiterait bien d’autres réflexion…