Chaque mois, l’ISQ part à la rencontre de l’un des derniers certifiés QUALIOPI afin d’en apprendre plus sur le processus qui l’a mené jusqu’à l’obtention du précieux sésame ; en Septembre, nous avons échangé avec Madame Marie-Fan GUILLARD, Directrice de Cap Savoir. 

 

Logo

Bonjour Madame Guillard, vous êtes la « joyeuse directrice, gérante et fondatrice de CAP SAVOIR » ; pouvez-vous nous présenter votre organisme de formation et votre rôle et objectifs au sein de cette structure ?

Je suis Marie-Fan GUILLARD, fondatrice de Cap Savoir, un organisme de formation que j’ai créé en 1995, aujourd’hui sous statut SCOP.  

Cap Savoir c’est d’abord une merveilleuse équipe :

6 associées salariées, toutes d’origine, d’âge et d’expériences différentes avec un point commun : l’enVie de grandir, d’apprendre et de développer ENSEMBLE notre belle entreprise. Ce qui nous fait arriver chaque matin sur notre lieu de travail avec le sourire et de belle humeur : l’idée de rencontrer, de former, de conseiller, de coacher, de partager, d’échanger, de transmettre … bref, d’imaginer et d’offrir des prestations de qualité, sur mesure, qui répondent aux attente et besoin de nos clients, stagiaires, commanditaires et partenaires.

En septembre 2020, notre équipe s’est enrichie de nouveaux talents : une formatrice diplômée en FLE (Français Langue Etrangère) et une jeune en contrat d’apprentissage « assistante administrative ». QUE DES FILLES ! Les hommes que nous avons eu l’occasion de recruter…ne restent pas !

Cap Savoir c’est ensuite une belle histoire : 

Née sous statut associatif le 11 décembre 2015, dans un quartier dit « sensible » de CHOLET dans le Maine et Loire, au sein d’un Centre Social, portée par un petit groupe de militants – tous bénévoles – dont j’ai été deux ans la présidente, Cap Savoir a démarré sa vie d’organisme de formation sous la dénomination d’un « Atelier de Formation de Base » avec pour mission : la lutte contre l’illettrisme et contre l’exclusion sociale.  Aucun salarié à l’époque. Une trentaine de bénéficiaires. En 2020 : 8 salariées – 6 salariés associées, 1 CDD et 1 contrat d’apprentissage et entre 300 et 400 stagiaires par an.

Cap Savoir, c’est une Scop; pourquoi ce choix ? 

  • parce que ce modèle partage les valeurs et les principes humains et humanistes que nous défendons depuis 25 ans : la personne au centre de nos activités et l’économie au service des individus et non l’inverse.
  • parce que le management que j’ai toujours privilégié parle de transparence, de transversalité, de coopération, de coconstrution, de coresponsabilité, de coanimation, de communication, de collaboration, d’intelligence collective ; 
  • parce que créer et pérenniser des emplois sur le territoire choletais a toujours motivé mon esprit d’entrepreneure ;
  • et enfin, parce que la formation, telle que je l’imagine est avant tout une histoire de femmes et d’hommes qui grandissent et apprennent ensemble, bien avant d’être la transmission de techniques, de connaissances et de méthodes. L’entraide, la solidarité, « grandir ensemble », économie sociale et solidaire…ce sont les fondamentaux et de notre entreprise et du modèle SCOP.

Cap Savoir c’est une histoire de femme, la mienne. 

Oui, je suis avant tout une femme, une épouse, une Maman de deux enfants et une Mamie de 5 petits enfants (3 à 8 ans), une chef d’entreprise passionnée par le développement humain en contexte professionnel, une Coach spécialisée dans les transitions de vie. Tout ce qui touche au relationnel, à la communication (la vraie, humaine), aux comportements humains en situation relationnelle, à la dynamique des groupes – on parle aujourd’hui d’intelligence collective et collaborative – m’intéresse au point de me former, chaque année, à de nouvelles méthodes et à de nouvelles pratiques. Curieuse de tous ces sujets, « touche à tout » dans ces multiples domaines qui concerne l’humain, je lis beaucoup, je participe à des tables rondes, à des séminaires, à des web conférences etc… Je suis enfin, une praticienne chercheure et je collabore régulièrement avec les équipes de chercheurs universitaires en science humaines de l’UCO d’Angers. L’idée : apporter aux universitaires l’expérience terrain qu’ils recherchent et enrichir mon organisme de formation, de concepts, déclinés et vérifiés par les départements de recherche.

Ma plus grande fierté, et pourquoi j’affirme haut et fort que je suis la « joyeuse fondatrice et directrice gérante » : 

  • avoir fait de la lutte contre l’illettrisme – un sujet bien peu « sexy », porté par une poignée de militant dans un OF associatif    UN VRAI SUJET DE FORMATION QUI A TROUVÉ SON MARCHÉ PARCE QUE RÉPONDANT A DES BESOINS IDENTIFIÉS – tant sur le territoire que dans les entreprises ;
  • avoir collaboré activement à faire de Cap Savoir cette belle entreprise, gérée aujourd’hui par un collectif de femmes passionnées et convaincues, engagées et responsables, co entrepreneures à mes côtés, et prêtes à poursuivre l’aventure seules, puisque je m’envole pour d’autres aventures dans deux ans, avec pour tremplin, la retraite.

« 25 ans de pédagogie de la rencontre, de l’audace et du fun » peut-on lire sur votre profil LinkedIn. Avec une telle expérience, quel regard portez-vous sur l’évolution de l’offre de la formation professionnelle ? 

Des propos, constats et idées qui n’engagent que moi, qui suis impliquée dans la formation pour adultes depuis 33 ans : formatrice en sciences humaines et dynamique de groupes d’abord puis directrice et enfin gérante de mon OF. L’évolution de la formation professionnelle est permanente, rapide, sans états d’âme et laisse de nombreux professionnels de la formation désemparés… le contraire des valeurs que je défends. 

Cela dit, si les réformes et lois semblent s’empiler sans que nous n’ayons le temps de les « digérer », c’est que la formation est un vrai sujet. Et ça, c’est l’idée que je porte depuis 25 ans : la formation, tout au long de la vie et pour tous = la clé d’un parcours de vie personnelle et professionnelle réussie !  

Mes « coups de gueule de militante » : 

  • NON, la formation n’est pas pour les ingénieurs ou personnels hautement qualifiés – ce qu’elle était lorsque j’ai débuté ma carrière de formatrice conseil ;
  • NON, Monsieur le chef d’entreprise, si votre salarié vous sollicite pour entreprendre une formation destinée à la maîtrise des compétences de base, ce n’est « pas l’affaire de l’école, ou de l’assistante sociale » – des propos que j’ai maintes fois entendu de la part de responsables RH ou Formation

« ça, c’était avant », aujourd’hui, enfin et grâce aux différentes réformes, lois et décrets qui vont avec, la formation est mieux ancrées dans les services RH et dans les réflexions et pratiques des salariés (bien que certains ignorent, encore en 2020, ce qu’est leur CPF et quid de leurs « heures DIF »).

Mon regard sur ces réformes consécutives, malgré les contraintes et le travail que cela exige de la part des équipes d’un OF de petite taille, est plutôt optimiste, centré sur le opportunités offertes et sur l’adéquation des compétences et talents en interne, à ces voies nouvelles qui s’ouvrent à nous. C’est ainsi que nous avons diversifié notre offre, nos publics, notre pédagogie, nos outils…tout en conservant « notre âme » et notre ADN.

La pédagogie de la rencontre, de l’audace et du fun…c’est ma petite phrase fétiche pour illustrer et colorer la vison que j’ai de la formation. J’y rajoute aussi souvent les termes de « tendresse » et « d’humour ».

La formation, c’est d’abord une rencontre humaine, qui induit que nous, professionnels de Cap Savoir, nous accompagnions chacun à comprendre et verbaliser son besoin, sa demande, ses attentes, mais aussi ses non-dits, réticence et freins divers. Et c’est aussi pourquoi dans l’équipe, alors que nous entendons aujourd’hui parler « d’adaptation des contenus aux objectifs des stagiaires », nous sourions car c’est ce que nous faisons depuis 25ans.  « Demandez le catalogue » : oups, non, pas à Cap Savoir. L’offre présentée sous format catalogue – aujourd’hui obligatoire pour la visibilité, la lisibilité par les apprenants et clients – est toujours reconstruire après chaque rencontre. Je dirai que notre « offre catalogue », c’est un cadre…Le cadre n’est-il pas le support utilisé par l’artiste qui va y déposer ses couleurs et réaliser un magnifique tableau ?

L’audace, c’est oser aller sur des terrains que la formation n’a – jusqu’à aujourd’hui – que peu exploré : les compétences humaines, sociales, les savoir-faire relationnels et les savoir-être professionnels. C’est, je crois, ce que les réformes impliquent aussi : plus d’autonomie, de prise d’initiatives, de capacité à faire des choix, à se motiver, à se mettre en mouvement et plus de responsabilité de la part des salariés et demandeurs d’emploi qui sont engagés à être/devenir acteurs et auteurs de leur parcours professionnel. Si la formation a été longtemps perçue comme acquérir des gestes techniques, se former à un métier – certes compétences indispensables – j’ai toujours martelé que les compétences humaines étaient indispensables à un parcours pro réussi. Aujourd’hui l’évolution de la formation professionnelle rend pertinents mes propos audacieux et impertinents.

Le fun et l’humour : c’est prendre en compte ce que disent les neurosciences sur le fonctionnement du cerveau, notamment en situation d’apprentissage. C’est aussi dédramatiser l’acte d’apprendre, affirmer que « sérieux ne veux pas dire morose », que le plaisir est source d’apprentissage et que l’une de nos devises « apprendre en s’amusant, s’amuser en apprenant » entre en résonnance avec ce que démontrent les chercheurs en neurosciences. 

C’est en lisant dans les « 12 Lois du cerveau » – écrit par John Médina, chercheur en neurosciences : « n’est-il pas absurde d’avoir un système éducatif qui part du principe que tous les cerveaux apprennent de la même façon ? »  que nous avons décidé de former toute l’équipe de Cap Savoir (et pas uniquement les formateurs) et d’obtenir la certification Funny LEARNING® et 4 COLORS®. 

Ces deux approches intègrent les dernières recherches sur le cerveau. Créées par Brigitte BOUSSUAT, elles se sont révélées pour nous une évidence : mais c’est ainsi que nous travaillons ! chouette, nous prenions en compte des besoins du cerveau, comme M.Jourdain… sans le savoir.

Vous venez d’obtenir la certification QUALIOPI : cette certification va-t-elle modifier votre mode de fonctionnement et que vous apporte-t-elle par rapport à l’ancien fonctionnement ? 

Nous sommes trop fières d’avoir obtenu la certification QUALIOPI après l’audit réalisé au mois de juillet. J’avais déjà engagé notre OF et notre équipe dans la qualification OPQF en 2013-2014, consciente à l’époque que nous avions des talents en interne, mais peu de procédures écrites et de traçabilité des actes réalisés. Depuis 2014, La qualité et le respect des critères qualité est au coeur de nos pratiques à Cap Savoir. Pour l’obtention de Qualiopi, Laurie, formatrice et associée, a choisi de piloter la qualité au sein de Cap Savoir.

Dans notre OF de petite taille, chaque formatrice dispose de 20 à 50% de son temps de travail pour développer une mission spécifique, chacune de ces missions relevant d’un enjeu stratégique pour notre SCOP.  C’est ainsi que Laurie a choisi la thématique de la qualité. QUALIOPI, malgré le fait nous bénéficiions d’un audit allégé (qualification OPQF) a été un énorme travail de diagnostic, de repérage et de collecte des preuves diverses – et dispersées dans notre organisme – de classement, d’indexation, de contrôles etc… Toute l’équipe a été engagée dans la démarche, chacune en fonction de son champ de responsabilités et « en plus » de son job quotidien. C’est ainsi que nous avons préparé et vécu l’audit : ensemble.

Notre fonctionnement aujourd’hui : un point qualité est fait à chaque réunion (hebdomadaire) d’équipe et à chaque réunion (mensuelle) d’associées. 

Ce qui a changé dans notre pratique collective : la qualité est ancrée dans le mental (la tête), intégrée et acceptée en tant que ressenti (le cœur) et mobilisée dans chaque action réalisée (le corps) chez chacune d’entre nous. Je parle souvent en coaching « d’alignement TETE/CŒUR/CORPS » pour que chacun se réalise dans sa vie personnelle et professionnelle. Je pense pouvoir dire que la qualité est en bonne voie d’intégration dans ce schéma. Concrètement, toute l’équipe est consciente des enjeux, a intégré le changement induit par ces nouvelles pratiques dans son fonctionnement et sait rendre des comptes à Laurie, qui dans son rôle de référente qualité, contrôle et veille au respect et à l’application des procédures conformes aux indicateurs Qualiopi.

On parle assez peu souvent des « softs skills » et de l’importance de ces compétences. Comment acquiert-on ces précieuses compétences du savoir-être et en quoi sont-elles utiles dans le cadre d’une activité professionnelle ? 

Les Soft Skills : cliquez sur le lien qui renvoie au film d’animation explicatif que nous avons réalisé. Pour la définition des Soft Skills et le Pourquoi, il est si important de les développer, je renvoie au site de Cap Savoir, ces deux rubriques y sont explicitées

Pour répondre à « comment développer ses Soft Skills », je propose 4 leviers – qui sont d’ailleurs identiques pour tous les apprentissages – accompagnés avec un  par un professionnel : en formation, coaching, bilan de compétences. 

Après avoir assimilé le pourquoi développer les Soft Skills et le quoi (la définition des Soft Skills et leur complémentarité avec les autres compétences), il s’agit de :

  • Identifier les Soft Skills que nous reconnaissons en nous et/ou que nous souhaitons développer/et ou dont nous avons besoin : travail sur soi avec des outils d’introspection, de réflexion, d’auto évaluation etc…A Cap Savoir, nous utilisons une batterie de tests, jeux, exercices d’introspection expérimentés depuis des années, au sein de nombreux organismes et institutions.
  • Communiquer : interagir avec les autres, avec le formateur/coach/avec son entourage…bref, confronter ses résultats, obtenir le regard de l’autre sur sa propre perception etc…des séances de codéveloppement professionnel sont l’un des outils pertinents et efficaces que nous utilisons à Cap Savoir.
  • Se bouger, tester, « y aller » : la mise en mouvement, l’action, « learning by doing » est la clé du développement et du transfert d’acquisition. A Cap Savoir, l’outil s’intitule « cap ou pas cap ? » et se créé et s’adapte à chaque situation.
  • Evaluer le résultat : encore une fois, pas tout seul. L’intelligence collective, le regard bienveillant du professionnel sont des éléments essentiels pour réussir. A Cap Savoir nous mobilisons des outils comme le feed-back et le feed-forward, ainsi que nos propres outils.

Les conditions de réussite : le cadre, encore le cadre, toujours le cadre. Le professionnel (formateur, coach, accompagnateur etc…) pose le cadre et surtout veille au respect de celui-ci. 

Une autre condition de réussite : l’apriori positif sur la personnalité et l’identité de chacun. Travailler sur les Soft Skills, ce n’est pas « se changer », « se transformer » « devenir quelqu’un d’autre ». 

« Ce que vous êtes est parfait. Rien est à changer. Si par contre un comportement ne vous satisfait pas, ou vous semble contreproductif, alors, oui, on peut travailler sur celui-ci ». 

Le télétravail s’est imposé comme une obligation en raison de la crise sanitaire. Qu’est-ce que cela change dans le mode de fonctionnement d’une entreprise et quel est votre avis sur cette manière de fonctionner ? 

Le télétravail fait partie de nos pratiques depuis de nombreuses années. L’autonomie dans l’organisation personnelle de chaque collaborateur est une donnée inhérente à mon management. Le bien-être et le plaisir de travailler sont essentiels dans le fonctionnement de notre équipe. Lorsque le face à face pédagogique ne l’exige pas, qui suis-je pour exiger de mes collaborateurs une présence physique lorsqu’elle n’est pas indispensable ? quel sens je donne à cela ?

Le télétravail se décide et se prépare en équipe. Cadré, il nécessite des « règles du jeu » que nous avons posées ensemble. A Cap Savoir, il est choisi par les collaborateurs, et pas imposé. Le télétravail pendant le confinement, a été imposé et tout est différent. 

Les difficultés, bien réelles, ont été de 4 ordres, me semble-t-il :

  • d’abord, le non choix, tellement peu pratiqué dans notre entreprise ;
  • puis la crainte et les doutes face à l’avenir de l’entreprise pendant ces moments incertains,
  • l’organisation familiale compliquée 
  • enfin la modalité distancielle dans le face pédagogique à distance a révélé des manques et de déficits 
    • insuffisance de compétences dans la maîtrise d’outils d’outils/supports pédagogiques en ligne en interne
    • refus par les responsables formation/RH des entreprises clientes réticents à l’idée du distanciel 

Nous avons su nous montrer agiles et réactives : les différentes lois et transformations du secteur de la formation professionnelle nous ont appris à l’être !

Ainsi, nous nous sommes toutes formées à l’utilisation d’outils web collaboratifs et pédagogiques, avons investi dans des licences permettant d’utiliser des plateformes à distance, installé un logiciel permettant de travailler en réseau, organisé et animé nos réunions hebdomadaires avec Zoom et nous nous sommes rendu compte, que…c’était « presque parfait » de travailler ainsi.

Les bénéfices du télétravail : moins de temps dans les transports, moins d’énergie dépensée pour la planète, une pertinence pédagogique réelle, des outils WEB finalement très accessibles et gratuits pour la plupart. 

Par contre, gros avantage en faveur du présentiel : le plaisir de se voir et le partage du café/viennoiseries, qui fait encore et toujours partie de nos pratiques.

Aujourd’hui, nous animons des formations à distance, mais aussi les coachings, les bilans de compétences et les séances de codéveloppement professionnel. Aujourd’hui, le télétravail est totalement intégré dans nos pratiques, et chacune d’entre nous « télétravaille » une à deux journées par semaine, par choix et conviction. 

Il reste encore à accompagner nos entreprises clientes à accepter les modalités distancielles. C’est aussi notre travail de « former » nos clients plutôt que de vouloir les convaincre. Nous nous y attacherons dans les mois à venir afin d’aborder un éventuel prochain confinement avec confiance et sérénité, ensemble.